Caroline et Anthony au bord de la route

Le col du Petit Saint Bernard

Voilà, on y est. Partis depuis 10 jours et même si on a pour l’instant plus l’impression  d’être en vacances qu’en voyage, on est bel est bien partis pour ce tour du monde en 400 jours.

Après une première étape à Allevard accompagnés des derniers irréductibles, nous avons partagé les joies du camping hors saison et un dernier morceau de saucisson. Celui-là même qui nous manquera peut-être tant dans quelques mois.

Bref, une nuit au Balladins d’Alberville, camping pluvieux à Aigueblanche, Hôtel à Aime, puis chez l’habitant à Bourg Saint Maurice, jusque là, c’était beau temps et loin des objectifs kilométriques quotidiens. On ne pouvait prétendre partir faire un grand voyage sans passer par une épreuve un peu rude. Ainsi, on a réellement attaqué dans le dur avec le col du Petit Saint Bernard et ses 2188 m au départ des 840 m d’altitude de Bourg Saint Maurice.Parce que le voyage, ça sera aussi sûrement des soucis mécaniques, des affaires trempées et du pain mouillé, des semaines sans voir de douches chaudes et des grosses araignées…

On s’est donc lancés dans l’ascension du col du Petit Saint Bernard. 27 km de montée avec nos vélos chargés plus qu’il ne faudrait ; peur de manquer oblige. Au début, facile, 1, 2, puis 3 kilomètres, on y croit.

En appuyant un peu fort certes, mais pas encore dans le rouge. C’est après, quand il a fallu commencer à poser pied à terre pour compenser la rudesse de la pente qu’on a commencé à compter les kilomètres. 4, 5, 6 seulement et il est déjà 12h30. ça nous a déjà paru si dur et pourtant, ce n’est qu’un exercice.

Et puis, et puis y’avais aussi ces Mamies qui nous lançaient des encouragements depuis leurs fenêtres dans les virages.

On mange un rapide pique-nique au  pied d’une ferme et on replie le sac de nourriture au fond de la sacoche, on coiffe nos casques encore mouillés et on se remet en selle. Le ciel est avec nous et les nuages se dissipent peu à peu. On pousse un peu, on pédale beaucoup. 7, 8, 9 Caroline avance bien avec son vélo tout neuf.

La pente s’accentue et le paysage change. Fini les chalets, on entre dans la forêt. Caroline hume les bois à la recherche des senteurs de champignons et d’autres produits sauvages. 10, 11, 12, elle regarde les champignons, peut être une coulemelle là-bas, dans le champs ?

Et puis, il y a les autres cyclistes que l’on croise, des Anglais, des Italiens et des Américains. Ils nous encouragent, ils nous disent « Bravo » ou « Chapeau » à la vue de nos drôles de vélos ! Alors derrière les gouttes de sueurs qui inondent mon t-shirt, rêvant un peu je me dis, 13, 14, 15, on a peut être déjà quitté notre dernière vallée française.

Lacets après lacets on se dit qu’on a déjà fait une bonne partie. On se demande jusqu’où on va pourvoir monter. On pédale un peu et on pousse beaucoup. Les bornes semblent de plus en plus espacées 16, 17, 18 on voudrait déjà être au col, y être tout de suite.

La forêt est plus parsemée et les arbres plus courbés par la neige qui doit les couvrir plus longtemps dans l’année. On arrive à la Rosière, la station de ski. Tout est désert, un village fantôme à 1850 m d’altitude. On remplit les gourdes une dernière fois et l’on pense à ce qu’il nous reste à monter : 19, 20, 21, on approche, mais ça nous parait encore si lointain.   

Enfin, au détour d’un virage, on bascule dans le dernier goulet et on découvre au loin, la statue qui marque le col. Se dressant, seul à plusieurs kilomètres, elle nous parait si proche. ainsi sonne le signal, celui qui vous redonne espoir quand vous pensiez vous arrêter. De l’autre côté de la vallée, les rayons du soleil dans l’axe du col rasent les pentes onduleuses de la montagne et transforment les pâturages en une peau verte parsemée de petites bêtes marron. Tout semble au dessus, on a plus que monté, on est entrés dans une nouvelle dimension. Alors, après tous ces mètres, montés avec vigueur, on se plaint plus, on avance, un peu au bout de nos force, pour dépasser les 22, 23, 24 alors, on se regarde, on se sourie et on se motive une dernière fois. Il faut parfois se montrer opiniâtre. 

Caroline est devant à pousser encore et encore sans faillir. Et moi, à régler ma caméra et changer d’objectif pour capturer, cette ambiance, cette lumière du soleil qui commence à raser la ligne d’horizon formée par les sommets lointains. Au loin, on perçoit la brume côté Italien. C’est dans cette partie du col, où, pour la première fois, il nous semble voir l’entièreté du voyage. Si on passe ce col, alors rien ne pourra plus nous arrêter. Pas tant parce qu’il est dur, ni si pentu que ça. Mais parce qu’a cet instant là, précisément, cette difficulté est tout le voyage. Dans notre tête, on y est. On se sent enfin partis, puisqu’on sent qu’on mérite d’arriver. On regarde la statue qui semble tendre vers l’infini, cette chose que l’on voit au loin, mais que l’on peut approcher, et pourtant 25, 26 27, on y arrive enfin. On saute de joie, on se prend dans les bras, fort l’un et l’autre et on se rappelle, que pousser ou pédaler, peu importe, il faudra toujours avancer. Ça sera notre précepte. 

Anthony


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Commentaires

37 réflexions au sujet de « Le col du Petit Saint Bernard »

  1. Félicitations! Magnifiques photos et joli récit! Caroline en chien renifleur de champignons, la truffe alerte, et Tony en mister tee-shirt mouillé (celui-là même qui ne sent pas mauvais après 5 jours?) sous les olas des mamies en transe, ce devait être un spectacle unique! ;)
    Belle performance en tout cas, on pense à vous.

    1. Merci Jess !!
      Mais le problème c’est que le t-shirt, ça faisait déjà 4 jours que je l’avais, ce qui masquait un peu l’odeur des champignons…

  2. Magnifiques lumières gagnées sur des moments difficiles… Il me revient ce que me disait ma grand-mère : chi va piano, va sano e va lontano…

    Mum

  3. Trop forts les cousins! et les paysages méritent tant d’effort, vos photos sont magnifiques! Bon courage pour la suite mais vous semblez bien partis!

  4. BRAVO mes amis, je suis si fière de vous !
    J’arrive à me rendre compte de la difficulté de ce que vous entreprenez, même au fond de mon canapé…
    Je pense à vous, big love et big pedaling !

  5. Pensons très fort à vous grâce à votre récit et vos magnifiques photos nous sommes un peu avec vous et surtout on ressent très fort vos émotions .courage et merci poutoux

    1. Merci Maman Michelle ! Nos mollets grossissent de jours en jours. Faudra t’acheter un décametre pour le retour ;o)
      Bisoudoux à la famille

  6. Bravo et merci pour ce récit!!!! en le lisant on a vraiment l’impression d’être à vos côtés et notre imagination dessine le parcours.
    Ce n’est que le début d’un magnifique et merveilleux périple!!!! continuez à nous faire rêver!! vous êtes au top!

    1. Le Petit Saint Bernard c’était bien, mais bon, quand même pas autant que les champs d’artichauts de Bretagne ;o)
      Bisoudoux et merci Sarah.

  7. Bravo à vous 2 ! Photos superbes et très beau récit !!! Ça donne envie de faire pareil et de vivre aussi cette magnifique aventure ! Bonne route et continues de nous faire rêver avec tes récits et photos et de nous faire partager vos belles valeurs ! Et profitez au maximum de ces merveilleux moments ! Et saches que tu nous manques aux soirées Anthony ;-) Bises !!!

  8. Oh ca fait tellement plaisir de vous lire, et de découvrir votre début de parcours !!!waouh en tout cas impressionnant !!! bravo à tous les deux!!!
    et les photos sont vraiment belles !!!
    je vous envoie des millions de bisous

  9. VENISE !!! Double bonheur pour toi Anthony : premièrement tu n’auras pas le mal de mer … et deuxièmement Caroline pourra te chanter des chansons d’amour au son de la mandoline sous le Pont des Soupirs…. Profitez-en bien, c’est la ville des amoureux. Je vous embrasse fort, fort, fort. Maman

  10. Des photos sublimes et le texte qui va bien…vous êtes extras les copains !! On vous envie tellement si fort ! ;-) Mille bisous Arrageois et du courage pour vos petits mollets moelleux (mais plus pour longtemps) <3 <3 <3

  11. Bonjour a vous 2 baucoup de courage et de respet pour votre périple et bonne continuation éléve de cm2 classe de mme Gourmelon école les oiseaux béziers.

  12. votre sensibilité , vos photos, c’est magique…quant au pédalage, le bord de Saone nous parait largement plus accessible. Bon souvenir à vous .

    1. Bonjour Annie et Yves ! Merci d’être venus nous voir ! On oubliera pas la carte qu’on vous a promise mais le le pays d’envoi reste une surprise !
      Caroline et Anthony

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